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Documentation destinée aux professionnels de santé. Les informations présentées ne constituent ni un conseil médical individualisé ni une prescription. Toute décision thérapeutique relève d'une évaluation clinique personnalisée par un professionnel qualifié.

16. HYGIÈNE NASALE ET DRP NOURRISSON

Lavage nasal au sérum physiologique et désobstruction rhinopharyngée rétrograde chez le nourrisson (0-24 mois). Acte d’hygiène fondamental, prérequis de toute kinésithérapie respiratoire pédiatrique. Évidence consensuelle pour le lavage, validée pour la DRP vs aspiration.

Voir aussi fiche 05 (DRP / Bronchiolite) pour le contexte bronchiolite.


Origine et description

Le lavage nasal (ou irrigation nasale, mouchage assisté) et la DRP (Désobstruction Rhinopharyngée Rétrograde) sont des techniques d’hygiène des voies aériennes supérieures du nourrisson, fondamentales dans la pratique de la kinésithérapie respiratoire pédiatrique francophone et belge.

Le nourrisson respire exclusivement par le nez pendant les premiers mois de vie (respirateur nasal obligatoire). Toute obstruction nasale impacte directement l’alimentation, le sommeil et le confort respiratoire. La DRP est l’acte d’hygiène le plus fréquemment prescrit en pédiatrie de premier recours.

Technique standard — Lavage nasal au sérum physiologique.

  1. Nourrisson en décubitus dorsal, tête tournée d’un côté
  2. Instillation de 1 à 2 mL de NaCl 0,9% isotonique dans la narine supérieure, de préférence avec une seringue calibrée (plutôt que dosette, pour meilleur contrôle du volume et de la pression)
  3. Le liquide traverse le rhinopharynx et entraîne les sécrétions
  4. Mouchage réflexe, éternuement ou déglutition
  5. Répétition côté opposé
  6. À réaliser avant les repas et avant le coucher

Technique DRP rétrograde (Postiaux). Variante : fermeture transitoire de la bouche du nourrisson en fin d’expiration, ce qui force une inspiration nasale par effet de pression négative rhinopharyngée, mobilisant les sécrétions plus activement qu’un simple lavage passif. Décrite par Postiaux et utilisée spécifiquement par l’école belge.

Solutions utilisées : NaCl 0,9% isotonique (standard), NaCl hypertonique (3-5%) discuté dans certaines indications (bronchiolite — voir fiche 05), solutions thermales — pas de preuve de supériorité clinique des solutions thermales sur le sérum physiologique isotonique.


Indications cliniques (par niveau de preuve)

Indication validée — Rhinopharyngite aiguë et rhinite du nourrisson. Recommandation universelle de toutes les sociétés pédiatriques et ORL francophones. DRP avant alimentation et coucher. Consensus depuis la conférence française sur la bronchiolite 2000, confirmé par AFSSAPS 2010 et HAS 2019.

Indication validée — Prérequis de toute kinésithérapie respiratoire pédiatrique. Impossible de travailler sur les voies aériennes inférieures si le nez est obstrué. La DRP est le premier geste de toute séance de kiné respi pédiatrique.

Indication validée — Hygiène quotidienne du nourrisson enrhumé. Acte d’éducation thérapeutique aux parents, enseigné systématiquement par le kinésithérapeute et le pédiatre. Réduit l’inconfort alimentaire et le trouble du sommeil.

Indication probable — Otite séromuqueuse et otite moyenne aiguë récidivante. Maintien de la perméabilité rhinopharyngée pour favoriser le drainage tubaire. Consensus ORL classique.

Indication probable — Prévention des complications respiratoires basses. L’hypothèse que le maintien d’une bonne hygiène nasale réduit le risque de surinfection bronchique est cliniquement logique mais pas prouvée par RCT à grande échelle.

Indication chez l’enfant > 24 mois et l’adulte — Rhinite chronique, sinusite chronique. Lavage nasal au volume adapté (spray, irrigation Neti pot pour l’adulte). Recommandation EPOS 2020 pour la rhinosinusite chronique.


Contre-indications et précautions

Contre-indications absolues : atrésie choanale bilatérale (urgence ORL, pas de passage possible), fente palatine non opérée (risque de fausse route), malformation craniofaciale majeure.

Précautions : volume adapté à l’âge (1 mL chez le nouveau-né, 2-3 mL chez le nourrisson > 3 mois, 5-10 mL chez l’enfant > 2 ans). Température de la solution à température ambiante ou légèrement tiédie. Pression douce et contrôlée. Toujours avant les repas, jamais juste après (risque de vomissement). Position semi-assise possible chez l’enfant plus grand.

Effets indésirables : pleurs (inconfort normal, pas de danger), éternuements, vomissements si réalisé en post-prandial immédiat, épistaxis rare (muqueuse fragile). Gomes et al. 2016 montrent que la DRP provoque beaucoup moins d’effets secondaires que l’aspiration nasopharyngée (épistaxis : 1 vs 28 cas dans leur RCT).


Niveau de preuve global

Lavage nasal — consensus fort. Le lavage nasal au sérum physiologique chez le nourrisson enrhumé est recommandé par toutes les sociétés pédiatriques internationales (AAP, HAS, AFSSAPS/ANSM, Société Belge de Pédiatrie, NICE). C’est un acte de soins primaires fondamental, non controversé.

DRP rétrograde vs aspiration nasopharyngée — évidence favorable à la DRP. L’étude pivot reste Gomes et al. 2016 (Respir Care, RCT, n=100 nourrissons hospitalisés pour bronchiolite) : DRP induit moins d’effort respiratoire et significativement moins d’effets secondaires que l’aspiration (voir fiche 05 pour les détails).

Sérum physiologique vs solutions thermales — pas de preuve de supériorité. Les solutions thermales (Stérimar, Physiomer, etc.) n’ont pas démontré de supériorité clinique sur le NaCl 0,9% isotonique. Le sérum physiologique reste le standard recommandé, le plus accessible et le moins coûteux.

NaCl hypertonique (3-5%) en bronchiolite — évidence discutée. Quelques études suggèrent un bénéfice en termes de durée d’hospitalisation, mais les résultats sont contradictoires et les guidelines récentes (HAS 2019) ne le recommandent pas en routine ambulatoire.


Position dans les recommandations officielles

HAS France 2019 — DRP recommandée dans la prise en charge du nourrisson avec bronchiolite ou rhinopharyngite. Fait partie des mesures de support de base.

AFSSAPS/ANSM 2010 — Recommandation explicite de la DRP avec sérum physiologique avant les repas, au coucher, et en cas de gêne.

Conférence de consensus bronchiolite (France 2000) — DRP systématique. Document historique fondateur.

AAP (Ralston et al. 2014) — Recommandation de soins de support incluant l’hygiène nasale en bronchiolite.

NICE NG9 (2015, mise à jour 2021) — Soins de support (incluant l’aspiration nasale si nécessaire) recommandés en bronchiolite.

EPOS 2020 (Fokkens et al.) — Recommandation du lavage nasal en rhinosinusite chronique de l’adulte et de l’enfant.


Justification en audit INAMI

La DRP est un acte fondamental de la kinésithérapie respiratoire pédiatrique, codé dans les actes standard (groupe 7 nomenclature INAMI). Sa pratique systématique en début de séance est un marqueur de qualité.

Traçabilité au dossier : — Réalisation de la DRP documentée (avant séance) — Type de solution utilisée (NaCl 0,9% standard) — Volume et tolérance — État des sécrétions (clair, épais, purulent — orientation étiologique) — Perméabilité nasale post-DRP — Éducation thérapeutique aux parents documentée (remise de la technique)

Argument en audit. La DRP est l’acte le plus consensuel et le moins controversé de toute la kinésithérapie respiratoire pédiatrique. Aucun contrôleur ne la contestera si elle est indiquée (nourrisson avec obstruction nasale documentée) et tracée. L’éducation thérapeutique aux parents (leur apprendre à faire la DRP eux-mêmes) est un acte de qualité valorisable (transfert de compétence, autonomisation).


Limites honnêtes

Inconfort du nourrisson. La DRP fait pleurer — c’est normal et attendu. Mais cela peut inquiéter les parents si la technique n’est pas bien expliquée en amont. L’éducation thérapeutique parentale est indispensable : montrer le geste, expliquer l’inconfort temporaire vs le bénéfice, rassurer sur l’absence de danger, enseigner la technique correcte (position de la tête, volume, timing avant les repas).

Pas de preuve que la DRP prévient les surinfections. L’argument « DRP régulière prévient la bronchite basse » est intuitif mais pas prouvé par RCT. L’indication reste symptomatique : on fait la DRP quand le nez est bouché, pas préventivement chez le nourrisson non encombré.

Risque de mauvaise technique à domicile. Volume excessif, pression trop forte, position inadaptée — peuvent provoquer une gêne supplémentaire ou un vomissement. D’où l’importance de la démonstration et de la supervision initiale.

Pour le kiné pédiatrique : la DRP est un geste simple mais sa qualité d’enseignement aux parents est un marqueur de compétence. Un parent bien formé à la DRP est un parent autonome, et l’autonomisation est un objectif fondamental de la kinésithérapie.


Bibliographie de référence

Description et technique

  1. Postiaux G. Kinésithérapie respiratoire de l’enfant. 3e édition. Bruxelles : De Boeck & Larcier ; 2003. [Chapitre DRP — référence francophone]

  2. Réseau Périnatal de France. Désobstruction Rhinopharyngée (DRP) du nouveau-né et du nourrisson — Protocole de soins. Documents disponibles via les réseaux de santé périnatale.

Étude clinique comparative

  1. Gomes GR, Calvete FP, Rosito GF, Donadio MV. Rhinopharyngeal Retrograde Clearance Induces Less Respiratory Effort and Fewer Adverse Effects in Comparison With Nasopharyngeal Aspiration in Infants With Acute Viral Bronchiolitis. Respir Care 2016;61(12):1613-1619. doi:10.4187/respcare.04685 [RCT n=100 — référence centrale]

Recommandations officielles

  1. Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. Saint-Denis : HAS ; 2019.

  2. AFSSAPS/ANSM. Mise au point sur la prise en charge de la toux aiguë chez le nourrisson de moins de deux ans. Paris : AFSSAPS ; 2010.

  3. Ralston SL, Lieberthal AS, Meissner HC, et al. Clinical Practice Guideline: The Diagnosis, Management, and Prevention of Bronchiolitis. Pediatrics 2014;134(5):e1474-e1502. doi:10.1542/peds.2014-2742

  4. Fokkens WJ, Lund VJ, Hopkins C, et al. European Position Paper on Rhinosinusitis and Nasal Polyps 2020 (EPOS 2020). Rhinology 2020;58(Suppl S29):1-464. doi:10.4193/Rhin20.600

Contexte lavage nasal

  1. Rabago D, Zgierska A. Saline nasal irrigation for upper respiratory conditions. Am Fam Physician 2009;80(10):1117-1119. PMID: 19904896

  2. King D, Mitchell B, Williams CP, Spurling GK. Saline nasal irrigation for acute upper respiratory tract infections. Cochrane Database Syst Rev 2015;4:CD006821. doi:10.1002/14651858.CD006821.pub3

  3. Postiaux G, Louis J, Labasse HC, et al. Evaluation of an alternative chest physiotherapy method in infants with respiratory syncytial virus bronchiolitis. Respir Care 2011;56(7):989-994. doi:10.4187/respcare.00721


Fiche établie le 14 mai 2026 — Version 1.0 Prochaine révision prévue : 14 novembre 2026 Sources de veille recommandées : PubMed, recommandations HAS / AAP / NICE / EPOS, Revue des Maladies Respiratoires Références vérifiées via PubMed, sites HAS/AFSSAPS et publications-source lors de l’établissement.