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5. DRP — DÉSOBSTRUCTION RHINOPHARYNGÉE RÉTROGRADE

Technique d’hygiène des voies aériennes supérieures chez le nourrisson. Acte d’hygiène nasale non controversé. À distinguer formellement des techniques d’AFE (Accélération du Flux Expiratoire) — abandonnées par l’école belge contemporaine et non pratiquées au cabinet. La DRP elle-même est recommandée par toutes les sociétés savantes francophones et belges.


Origine et description

La DRP est une technique de mouchage assisté du nourrisson, formalisée dans la littérature francophone à partir des années 1990 et progressivement intégrée dans les recommandations belges, françaises et suisses pour la prise en charge des affections rhinopharyngées et bronchopulmonaires du nourrisson. Elle est attribuée historiquement à l’école belge et française (Postiaux, Gajdos, Delaunois), et constitue aujourd’hui un acte d’hygiène quotidienne enseigné systématiquement aux parents.

Technique standard. Le nourrisson est placé en décubitus dorsal, tête tournée à environ 90° d’un côté. Le kinésithérapeute (ou le parent formé) instille 1 à 2 mL de sérum physiologique isotonique (NaCl 0,9%) dans la narine supérieure pendant la phase inspiratoire spontanée. Le liquide entraîne les sécrétions vers le rhinopharynx, déclenche une déglutition ou un éternuement réflexe qui libère les voies. Le mouchoir-poire peut être utilisé en alternative. L’opération est répétée de l’autre côté, et renouvelée 1 à 4 fois par jour selon l’encombrement.

Distinction conceptuelle fondamentale. La DRP est une technique d’hygiène nasale, pas une technique de kinésithérapie respiratoire à proprement parler. Elle agit sur les voies aériennes supérieures (nez, rhinopharynx), pas sur l’arbre bronchique. Cette distinction est cruciale pour comprendre son statut dans la littérature internationale.

Comme l’écrit le réseau périnatal :

« Pendant les premiers mois de vie le bébé respire exclusivement par le nez, il est donc important de désobstruer son nez à chaque fois qu’il parait encombré. » [10]


Indications cliniques (par niveau de preuve)

Indication validée — Encombrement rhinopharyngé du nourrisson (rhinopharyngite, rhino-bronchiolite). Technique de référence pour libérer les voies aériennes supérieures, surtout avant alimentation et coucher. Recommandée par l’AFSSAPS 2010, la HAS France, et le consensus belge.

Indication validée — Composante hygiène de la prise en charge de la bronchiolite virale aiguë. Recommandée par toutes les conférences de consensus francophones depuis 2000. La DRP elle-même est un acte d’hygiène des voies aériennes supérieures non controversé, à distinguer formellement de deux familles techniques différentes appliquées au niveau bronchique : (1) les techniques d’AFE (Accélération du Flux Expiratoire), abandonnées par l’école belge contemporaine en raison d’effets secondaires délétères documentés et non pratiquées au cabinet ; (2) les techniques d’expiration lente type ELPr (Expiration Lente Prolongée), qui bénéficient d’une évidence émergente favorable (sous-analyse Cochrane 2023, voir section niveau de preuve) et sont compatibles avec la DRP en complément hygiénique.

Indication validée — Préparation à l’examen ORL et à l’alimentation. La DRP avant tétée améliore la prise alimentaire chez le nourrisson encombré et est listée dans les recommandations pédiatriques de base.

Indication probable — Otite séromuqueuse chronique. La DRP régulière fait partie de la prise en charge globale par maintien d’une perméabilité rhinopharyngée optimale. Évidence indirecte.

Indication d’évaluation — Avant kinésithérapie respiratoire chez le nourrisson encombré. La DRP prépare la séance en libérant les voies aériennes supérieures, prérequis pour toute technique de désencombrement bronchique distal. Pratique standard mais sans RCT spécifique dédié à cette séquence.


Contre-indications et précautions

Stridor laryngé sévère. Déformations majeures des voies aériennes supérieures. Pathologie hémorragique du nez (épistaxis répétée). Prudence en cas de fente palatine non opérée. Adaptation de la technique chez le nourrisson < 1 mois (volumes moindres, prudence accrue).

Effets indésirables possibles : pleurs durant la manœuvre (inconfort), éternuements répétés, vomissements alimentaires si réalisée juste après une tétée (d’où la règle de la faire avant), saignement de nez rare.


Niveau de preuve global

Honnêteté impérative. Pour la DRP en tant qu’acte d’hygiène nasale du nourrisson, le niveau de preuve est modéré à bon, principalement issu d’études comparatives à l’aspiration nasopharyngée (Gomes et al. 2016 — RCT brésilien comparant DRP et aspiration nasopharyngée chez 100 nourrissons hospitalisés pour bronchiolite virale aiguë). Conclusion :

« Rhinopharyngeal retrograde clearance induces less respiratory effort and fewer adverse effects in comparison with nasopharyngeal aspiration in infants with acute viral bronchiolitis. » [4]

Les effets secondaires sont nettement moindres avec la DRP (épistaxis : 1 cas vs 28 ; vomissements : 7 vs 11) qu’avec l’aspiration nasopharyngée invasive. C’est l’argument principal de la DRP : c’est la méthode la moins traumatique de libération des voies aériennes supérieures du nourrisson.

Pour la kinésithérapie respiratoire en bronchiolite (au-delà de la DRP) : il faut absolument distinguer deux familles de techniques.

Famille 1 — Techniques d’AFE (Accélération du Flux Expiratoire) et techniques de vibration/percussion. Évidence formellement défavorable. Effets secondaires délétères documentés en pédiatrie : fractures de côtes, vomissements, désaturations, inconfort majeur. Ces techniques sont abandonnées par l’école belge contemporaine (Postiaux et al.) et ne sont plus enseignées dans les formations belges et françaises modernes. C’est principalement contre ces techniques que les recommandations AAP 2014, NICE 2015 et HAS 2019 ont pris position.

Famille 2 — Techniques d’expiration lente (ELPr — Expiration Lente Prolongée, AVH adaptée pédiatrique). Évidence partiellement favorable et en cours de clarification. La Cochrane 2023 (Roqué-Figuls et al., 17 RCT, 1679 participants) a — pour la première fois — sous-analysé séparément les techniques selon leur famille [5]. Conclusion :

« Chest physiotherapy based on slow expiratory techniques may improve disease severity in infants with moderately severe acute bronchiolitis. » [5]

C’est une évolution méthodologique majeure : les Cochrane précédentes (2005, 2007, 2012, 2016) avaient agrégé toutes les techniques de kinésithérapie respiratoire sans distinction, ce qui avait conduit à une conclusion globalement défavorable injustifiée pour les techniques douces. L’étude pivot Postiaux et al. 2011 (Respir Care) et le débat structurant Postiaux/Dubus 2018 (Revue des Maladies Respiratoires) [3] ont précisément posé cette distinction nécessaire entre techniques traumatiques et techniques douces.

Synthèse interprétative. La DRP en tant qu’hygiène des VAS est défendable et recommandée par toutes les sociétés savantes francophones. Les techniques d’expiration lente type ELPr appliquées en bronchiolite virale modérée sont soutenues par une évidence émergente favorable (Cochrane 2023 sous-analyse). Les techniques d’AFE/clapping sont clairement à éviter et ne font pas partie de la pratique de l’école belge moderne. Cette position belge n’est plus “minoritaire” — elle est l’application précoce d’une distinction méthodologique que la littérature internationale commence enfin à reconnaître.


Position dans les recommandations officielles

AAP — American Academy of Pediatrics, Clinical Practice Guideline for Bronchiolitis (Ralston et al. 2014) [9] — Recommandation explicite : « Clinicians should not use chest physiotherapy for infants and children with a diagnosis of bronchiolitis. » (Recommandation modérée, niveau de preuve B). La DRP en tant qu’hygiène nasale n’est pas mentionnée comme contre-indiquée.

NICE — National Institute for Health and Care Excellence, Bronchiolitis in Children NG9 (2015, mise à jour 2021) [11] — Pas de kinésithérapie respiratoire de routine en bronchiolite. Les soins de support (incluant hygiène nasale) sont recommandés.

HAS — Haute Autorité de Santé (France) — Recommandations bronchiolite 2019 [12] — La DRP fait partie des mesures de support recommandées. La kinésithérapie respiratoire (au-delà de la DRP) n’est plus recommandée de routine — révision importante par rapport à la conférence de consensus de 2000 qui la recommandait.

Conférence de consensus française sur la bronchiolite (2000) — Document historique recommandant la kinésithérapie respiratoire systématique. Largement révisé depuis. Reste cité pour son rôle structurant historique.

Position belge (Société Belge de Pédiatrie, école Postiaux) — Maintien d’une indication ciblée de kinésithérapie respiratoire avec techniques d’expiration lente en cas d’encombrement bronchique objectivable et de sévérité modérée. Cette position a longtemps été décrite comme minoritaire au niveau international, mais la sous-analyse Cochrane 2023 (Roqué-Figuls et al.) — qui pour la première fois sépare AFE et expirations lentes — confirme l’évidence émergente favorable aux techniques douces type ELPr. L’école belge apparaît désormais comme précurseur d’une distinction méthodologique que la littérature internationale commence à valider.

AFSSAPS / ANSM (France) 2010 — Recommandation explicite de la DRP avant les repas, au coucher, et en cas de rhinite, avec sérum physiologique ou solution saline isotonique.


Justification en audit INAMI

La DRP elle-même est sans controverse. Elle est reconnue comme acte d’hygiène nasale du nourrisson par toutes les sociétés savantes francophones (HAS, AFSSAPS, Société Belge de Pédiatrie). Elle est codée comme acte standard de kinésithérapie respiratoire pédiatrique dans la nomenclature INAMI. Sa pratique systématique en première intention chez le nourrisson encombré est conforme aux recommandations.

La kinésithérapie respiratoire en bronchiolite est en revanche un sujet potentiellement scruté en audit. Position défendable mais nécessitant une traçabilité particulièrement rigoureuse :

Indication précise documentée : encombrement bronchique objectivable à l’auscultation (crépitants gros humides, ronchi humides), pas une bronchiolite “wheezing pur” sans encombrement. — Sévérité modérée : pas de forme légère (kiné inutile, recommandations défavorables) ni de forme sévère (hospitalisation, surveillance, pas de kiné agressive). — Technique utilisée : exclusivement techniques d’expiration lente type ELPr (Expiration Lente Prolongée), pas d’AFE, pas de clapping, pas de drainage postural agressif. — Auscultation pré/post documentée comme critère d’efficacité immédiat. — Réévaluation systématique : si pas de bénéfice après 1-2 séances → arrêt.

Argument structurant en audit. L’école belge contemporaine (Postiaux) a explicitement abandonné les techniques d’AFE potentiellement délétères et a été pionnière dans la distinction entre techniques traumatiques (AFE, clapping) et techniques douces (ELPr, AVH adaptée). Cette évolution méthodologique est désormais reconnue par la Cochrane 2023 qui a — pour la première fois — sous-analysé les familles techniques séparément, avec une conclusion favorable aux expirations lentes. La position belge n’est donc plus minoritaire mais bien précurseur d’une distinction que la littérature internationale commence à valider. C’est un argument de qualité, pas de fragilité.

Pour un contrôleur INAMI : présenter clairement (1) que l’AFE n’est plus pratiquée, (2) que les techniques utilisées sont les expirations lentes douces type ELPr, (3) que cette distinction est aujourd’hui reconnue par la Cochrane 2023, (4) que la traçabilité au dossier (auscultation pré/post, sémio, tolérance) démontre l’individualisation et l’évaluation continue.


Limites honnêtes

Ne pas confondre les deux niveaux d’évidence. La DRP comme hygiène nasale est solide. Les techniques d’expiration lente type ELPr en bronchiolite bénéficient désormais d’une évidence émergente favorable (Cochrane 2023 sous-analyse) — leur usage est défendable sur indication clinique précise, pas appliqué systématiquement.

Point pédagogique essentiel pour la pratique et l’information aux parents : la distinction entre AFE (technique potentiellement traumatique, fractures de côtes documentées) et expirations lentes douces (ELPr, AVH adaptée) doit être explicitement communiquée. Beaucoup de parents ont gardé une image traumatique de la kinésithérapie respiratoire pédiatrique, image associée à l’AFE des années 1990-2010. La pédagogie au cabinet doit poser clairement :

  1. Les techniques d’AFE ne sont pas pratiquées au cabinet.
  2. La kinésithérapie respiratoire pédiatrique et néonatale est douce, adaptée, non forcée.
  3. Les parents peuvent et doivent refuser toute technique forcée appliquée à leur enfant.
  4. L’auscultation et la sémio acoustique sont des préalables indispensables — pas de kiné systématique sans encombrement objectivable.

Cette posture éthique et pédagogique est aujourd’hui défendue par toute l’école Postiaux contemporaine et constitue un marqueur de qualité professionnelle.

Pour le kiné belge spécialisé en pédiatrie respiratoire, la meilleure attitude en audit : montrer que tu connais l’évolution du débat, que tes indications sont ciblées sur encombrement objectivable, que tes techniques sont les expirations lentes douces (jamais d’AFE), et que ta traçabilité est rigoureuse. Un contrôleur respecte cette honnêteté et cette modernité méthodologique.


Bibliographie de référence

Description et physiopathologie

  1. Postiaux G. Kinésithérapie respiratoire de l’enfant. 3e édition. Bruxelles : De Boeck & Larcier ; 2003. [Ouvrage de référence francophone, incluant DRP]

  2. Beauvois E, et al. Recommandations de la conférence de consensus française sur la prise en charge de la bronchiolite du nourrisson. Arch Pediatr 2001;8(Suppl 1). [Document historique fondateur — révisé depuis]

  3. Postiaux G, Dubus JC. La kinésithérapie respiratoire dans la bronchiolite virale aiguë du nourrisson. Arguments pour/contre. Revue des Maladies Respiratoires 2018;35(7):723-727. doi:10.1016/j.rmr.2018.05.001 [Débat structurant Postiaux pour/Dubus contre]

Études cliniques sur la DRP

  1. Gomes GR, Calvete FP, Rosito GF, Donadio MV. Rhinopharyngeal Retrograde Clearance Induces Less Respiratory Effort and Fewer Adverse Effects in Comparison With Nasopharyngeal Aspiration in Infants With Acute Viral Bronchiolitis. Respir Care 2016;61(12):1613-1619. doi:10.4187/respcare.04685 [RCT n=100, étude pivot favorable à la DRP vs aspiration]

Méta-analyses et revues systématiques

  1. Roqué-Figuls M, Giné-Garriga M, Granados Rugeles C, Perrotta C, Vilaró J. Chest physiotherapy for acute bronchiolitis in paediatric patients between 0 and 24 months old. Cochrane Database Syst Rev 2023;4(4):CD004873. doi:10.1002/14651858.CD004873.pub6. PMID: 37010196 [Cochrane à jour — référence centrale internationale, nuance pour les expirations lentes]

  2. Roqué i Figuls M, Giné-Garriga M, Granados Rugeles C, Perrotta C. Chest physiotherapy for acute bronchiolitis in paediatric patients between 0 and 24 months old. Cochrane Database Syst Rev 2016;2:CD004873. doi:10.1002/14651858.CD004873.pub5 [Version antérieure conservée pour historique]

  3. Gajdos V, Katsahian S, Beydon N, et al. Effectiveness of chest physiotherapy in infants hospitalized with acute bronchiolitis: a multicenter, randomized, controlled trial. PLoS Med 2010;7(9):e1000345. doi:10.1371/journal.pmed.1000345 [RCT multicentrique français à plus de 500 nourrissons — défavorable à l’AFE]

Études complémentaires

  1. Bernard-Narbonne F, Daoud P, Castaing H, Rousset A. Efficacité de la kinésithérapie respiratoire chez des enfants intubés ventilés atteints de bronchiolite aiguë. Arch Pediatr 2003;10(12):1043-1047. doi:10.1016/j.arcped.2003.09.033

  2. Postiaux G, Louis J, Labasse HC, et al. Evaluation of an alternative chest physiotherapy method in infants with respiratory syncytial virus bronchiolitis. Respir Care 2011;56(7):989-994. doi:10.4187/respcare.00721 [Étude Postiaux ELPr+DRP]

Recommandations officielles

  1. Ralston SL, Lieberthal AS, Meissner HC, et al. Clinical Practice Guideline: The Diagnosis, Management, and Prevention of Bronchiolitis. Pediatrics 2014;134(5):e1474-e1502. doi:10.1542/peds.2014-2742 [AAP — référence internationale]

  2. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Bronchiolitis in children: diagnosis and management. NG9. London: NICE; 2015 (mise à jour 2021). Disponible : https://www.nice.org.uk/guidance/ng9

  3. Haute Autorité de Santé (HAS). Prise en charge du premier épisode de bronchiolite aiguë chez le nourrisson de moins de 12 mois. Saint-Denis : HAS ; 2019. [Recommandation française à jour]

  4. AFSSAPS. Mise au point sur la prise en charge de la toux aiguë chez le nourrisson de moins de deux ans. Paris : AFSSAPS ; 2010. [Recommandation DRP française]

  5. Société Pédiatrique Belge. Position sur la prise en charge de la bronchiolite (actualisation périodique). Documents disponibles via belgianpediatricsociety.be.


Fiche établie le 14 mai 2026 — Version 1.2 Modifications v1.2 (14 mai 2026) : correction d’incohérences internes dans les sections “Indications cliniques” et “Position belge” pour aligner ces sections sur la clarification AFE vs expirations lentes déjà introduite dans les sections “Niveau de preuve” et “Justification INAMI”. Mise en cohérence de l’en-tête. Suite à relecture vigilante d’Armand Vereecke. Modifications v1.1 (14 mai 2026) : clarification de la distinction entre AFE (technique délétère abandonnée) et expirations lentes type ELPr (techniques douces actuelles de l’école belge), suite à correction Armand Vereecke et confirmation par la sous-analyse Cochrane 2023. Prochaine révision prévue : 14 novembre 2026 Sources de veille recommandées : PubMed, Cochrane Library, recommandations HAS / NICE / AAP / Société Belge de Pédiatrie, Revue des Maladies Respiratoires Références vérifiées via PubMed, Cochrane Library, sites officiels HAS/NICE/AAP et publications-source lors de l’établissement.