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3. EDIC — Exercice à Débit Inspiratoire Contrôlé

Technique inspiratoire lente de l’école Postiaux, miroir positionnel de l’ELTGOL. Drainage du poumon supralatéral (en haut) par hyperinflation régionale et ventilation collatérale.


Origine et description

L’EDIC est formalisé par Guy Postiaux et son équipe (Groupe d’étude pluridisciplinaire stéthacoustique, Charleroi) dans la Revue des Maladies Respiratoires en 2000 [1]. La technique étend les inspirations lentes profondes — déjà décrites comme efficaces dans la prévention des atélectasies post-opératoires — par l’ajout d’un positionnement sélectif en décubitus latéral.

Le patient est placé en décubitus latéral, poumon à mobiliser en supralatéral (en haut, non déclive). Il effectue une inspiration lente et profonde par le nez ou la bouche, suivie d’une apnée téléinspiratoire de quelques secondes, puis une expiration lente passive. Le bras supralatéral peut être placé en élévation pour ouvrir le grill costal du côté à traiter.

Le mécanisme physiopathologique combine trois effets décrits par l’équipe Postiaux :

Hyperinflation relative du poumon supralatéral. En décubitus latéral, le poumon supérieur subit moins de compression viscérale que l’inférieur. L’inspiration lente y produit une expansion régionale passive plus marquée.

Ventilation collatérale. L’apnée téléinspiratoire (3 à 5 secondes) favorise le passage d’air par les canaux de Lambert et les pores de Kohn vers les territoires alvéolaires sous-ventilés, mécanisme essentiel pour ré-aérer les zones atélectasiées.

Effet positionnel sélectif sur les voies périphériques. À l’inverse de l’ELTGOL qui draine le poumon en bas, l’EDIC vise spécifiquement la ventilation des zones supérieures hypoventilées.

Comme le résume Postiaux dans son ouvrage de référence [3] : « Nous conférons l’appellation d’Exercice à Débit Inspiratoire Contrôlé-EDIC aux applications positionnelles des inspirations lentes… [La technique] peut se prévaloir d’effets d’épuration sélectifs sur le poumon profond. »


Indications cliniques (par niveau de preuve)

Indication validée — Prévention et traitement des atélectasies post-opératoires. L’EDIC s’inscrit dans la famille des deep breathing exercises, qui disposent d’une évidence consistante en chirurgie thoracique et abdominale haute. Westerdahl et al. 2005 (Chest, RCT n=90 chirurgie coronarienne) ont démontré :

« Deep-breathing exercises reduce atelectasis and improve pulmonary function after coronary artery bypass surgery. » [4]

L’AARC Clinical Practice Guideline 2011 [5] recommande l’usage combiné de deep breathing exercises avec spirométrie incitative, toux contrôlée, et mobilisation précoce. L’EDIC apporte par rapport aux deep breathing exercises classiques la dimension sélective positionnelle, particulièrement utile en cas d’atélectasie lobaire localisée.

Indication probable — Pneumopathies focales avec hypoventilation localisée. Postiaux propose explicitement d’étendre l’EDIC au stade aigu de certaines pneumopathies, en plaçant la zone affectée en supralatéral pour favoriser sa réaération [1,3]. Niveau de preuve principalement physiopathologique et expérience clinique.

Indication probable — Atélectasies de réanimation chez le patient sédaté en décubitus. Application en position semi-latérale, souvent couplée à un relaxateur de pression. Cohérence avec les principes de Postiaux mais pas de RCT spécifique.

Indication d’expérience — Suites de pleurésie, séquelles pleurales. Pour relancer la ventilation du lobe sous-jacent à un épanchement résolu. Pratique standard en kinésithérapie respiratoire belge et française.

Indication pédiatrique — Enfant coopérant ≥ 4 ans. Variante ludique (“gonfler le ventre comme un ballon et garder l’air dedans”) possible en jeu thérapeutique. Pas de validation RCT pédiatrique spécifique, mais usage clinique très répandu dans l’école francophone.


Contre-indications relatives

Pneumothorax non drainé. Hémoptysie active. Instabilité hémodynamique nécessitant un décubitus dorsal strict. Douleur thoracique mal contrôlée empêchant l’inspiration lente. Fracture costale instable côté supralatéral.


Niveau de preuve global

Honnêteté requise. L’évidence spécifiquement attribuable à l’EDIC (positionnelle) reste essentiellement physiopathologique et issue de l’expérience clinique francophone. Aucun RCT placebo-contrôlé dédié à grande échelle, contrairement à l’ELTGOL qui dispose désormais d’une preuve pivot (Muñoz/Herrero-Cortina 2018).

Évidence indirecte solide pour la composante “inspiration lente profonde”. Les deep breathing exercises (équivalent international) disposent d’une littérature substantielle : revues systématiques montrant une réduction des complications pulmonaires post-opératoires en chirurgie cardiaque et abdominale haute, lorsque combinées à toux contrôlée et mobilisation précoce [4,5,8,9]. L’EDIC peut légitimement revendiquer cette évidence pour sa composante respiratoire, en y ajoutant la sélectivité positionnelle comme valeur ajoutée propre à l’école Postiaux.

Synthèse interprétative. L’EDIC est une technique cliniquement légitime et largement enseignée dans l’école belge et francophone, dont la composante générale (inspiration lente profonde) bénéficie d’une évidence de niveau modéré (B), et dont la spécificité positionnelle reste expert-based. C’est un positionnement honnête qu’il faut savoir tenir face à un contrôleur : revendiquer l’évidence des deep breathing exercises sans surinterpréter, et défendre l’apport positionnel comme un raffinement cohérent du raisonnement clinique (règle d’or Postiaux : drainer en bas, ventiler en haut).


Position dans les recommandations officielles

AARC Clinical Practice Guideline: Incentive Spirometry 2011 [5] — Recommandation que les deep breathing exercises (incluant les techniques d’inspiration lente type EDIC) soient utilisées avec spirométrie incitative, toux dirigée et mobilisation précoce pour prévenir les complications pulmonaires post-opératoires. Ne mentionne pas l’EDIC nommément (terme francophone) mais couvre la classe.

Recommandations de la 1re conférence de consensus en kinésithérapie respiratoire (France, 1994) — L’inspiration lente profonde positionnée fait partie des techniques recommandées dans l’arsenal kiné respiratoire francophone [6]. Document historique, ré-évalué depuis.

HAS (France) — La spirométrie incitative et les techniques d’inspiration lente profonde sont citées dans les bonnes pratiques en kinésithérapie respiratoire post-opératoire. Pas de recommandation européenne formelle dédiée à l’EDIC en tant que technique spécifique (manque de RCT internationaux).


Justification en audit INAMI

L’EDIC est une technique de kinésithérapie respiratoire d’origine belge (Guy Postiaux, Centre Hospitalier de Charleroi), décrite dans la Revue des Maladies Respiratoires en 2000 [1] et enseignée dans la formation continue francophone. Elle s’inscrit dans la famille des deep breathing exercises, dont l’évidence est consistante en prévention des complications pulmonaires post-opératoires [4,5,8]. La technique est codée comme acte standard de kinésithérapie respiratoire (groupe 7 nomenclature INAMI).

Argument structurant en audit. L’EDIC est l’application règle d’or Postiaux côté inspiratoire — le complément logique de l’ELTGOL côté expiratoire. Les deux techniques sont indissociables dans la pratique belge : on draine en bas (ELTGOL), on ventile en haut (EDIC), ce qui structure une approche cohérente du désencombrement et de la réexpansion alvéolaire selon la pathologie. Cette cohérence physiopathologique est défendable même en l’absence de RCT pivot spécifique : c’est une approche raisonnée fondée sur l’auscultation différentielle et l’imagerie, pas une technique appliquée systématiquement.

La traçabilité au dossier doit inclure : indication (atélectasie objectivée, hypoventilation localisée à l’auscultation, pneumopathie focale, suites pleurales, post-op), position appliquée (côté à mobiliser en supralatéral), nombre de cycles et durée d’apnée, sémio auscultatoire avant/après, SpO₂ avant/après si pertinent. Cette traçabilité justifie l’individualisation et différencie l’EDIC d’une “simple respiration profonde non ciblée”.


Limites honnêtes

L’EDIC reste sous-étudié dans la littérature anglophone. Sa diffusion est principalement francophone (Belgique, France, Suisse romande, Québec). Cette asymétrie linguistique de l’évidence est un point faible en audit international, mais reste défendable en contexte belge où l’école Postiaux est la référence reconnue. La technique demande une coopération du patient et n’est pas applicable chez le patient inconscient sans assistance ventilatoire.

Pour le kiné belge spécialisé : l’EDIC est cohérent, enseigné dans les masters francophones, et fait partie intégrante de l’identité professionnelle de l’école Postiaux. Mais c’est l’une des techniques où l’argument scientifique est le plus fragile pris isolément. La meilleure stratégie est de systématiquement le présenter avec son indication précise et son couplage logique à l’ELTGOL (règle d’or Postiaux : drainage infralatéral + ventilation supralatérale), plutôt que comme technique autonome justifiée seule.

Une recherche RCT dédiée à l’EDIC reste un besoin de la communauté kiné francophone — sujet potentiel pour un doctorat ou collaboration universitaire belge.


Bibliographie de référence

Description originale et physiopathologie

  1. Postiaux G. La kinésithérapie respiratoire et la pathologie du poumon profond. Revue des Maladies Respiratoires 2000;17(1):1-4. [Description princeps EDIC]

  2. Postiaux G, Lens E. De la « toilette bronchique » à la kinésithérapie respiratoire fondée sur les preuves. Comprendre l’évolution des techniques.

  3. Postiaux G. La kinésithérapie respiratoire du poumon profond : Bases mécaniques d’un nouveau paradigme. Bruxelles : De Boeck ; 2014. [Ouvrage de référence francophone — physiopathologie détaillée]

Études cliniques sur les deep breathing exercises (composante EDIC)

  1. Westerdahl E, Lindmark B, Eriksson T, Hedenstierna G, Tenling A. Deep-breathing exercises reduce atelectasis and improve pulmonary function after coronary artery bypass surgery. Chest 2005;128(5):3482-3488. doi:10.1378/chest.128.5.3482. PMID: 16304304 [RCT n=90, référence centrale]

  2. Restrepo RD, Wettstein R, Wittnebel L, Tracy M. AARC Clinical Practice Guideline: Incentive Spirometry: 2011. Respir Care 2011;56(10):1600-1604. doi:10.4187/respcare.01471 [Recommandation officielle américaine couvrant deep breathing exercises]

  3. Westerdahl E, Lindmark B, Eriksson T, Friberg O, Hedenstierna G, Tenling A. The immediate effects of deep breathing exercises on atelectasis and oxygenation after cardiac surgery. Scand Cardiovasc J 2003;37(6):363-367. doi:10.1080/14017430310015992

  4. Overend TJ, Anderson CM, Lucy SD, Bhatia C, Jonsson BI, Timmermans C. The effect of incentive spirometry on postoperative pulmonary complications: a systematic review. Chest 2001;120(3):971-978. doi:10.1378/chest.120.3.971

Méta-analyses et revues systématiques

  1. Guimarães MM, El Dib R, Smith AF, Matos D. Incentive spirometry for prevention of postoperative pulmonary complications in upper abdominal surgery. Cochrane Database Syst Rev 2009;3:CD006058. doi:10.1002/14651858.CD006058.pub2 [Note : conclusion mitigée sur l’usage routine de la SI, mais cadre l’évidence]

  2. do Nascimento Junior P, Módolo NS, Andrade S, Guimarães MM, Braz LG, El Dib R. Incentive spirometry for prevention of postoperative pulmonary complications in upper abdominal surgery. Cochrane Database Syst Rev 2014;2:CD006058. doi:10.1002/14651858.CD006058.pub3

  3. Pasquina P, Tramèr MR, Granier JM, Walder B. Respiratory physiotherapy to prevent pulmonary complications after abdominal surgery: a systematic review. Chest 2006;130(6):1887-1899. doi:10.1378/chest.130.6.1887

Recommandations officielles francophones

  1. Recommandations de la 1re conférence de consensus en kinésithérapie respiratoire. Annales de Kinésithérapie 1994;21(1-2). [Document historique fondateur en France]

  2. Recommandations de la SPLF (Société de Pneumologie de Langue Française) sur la prise en charge de la BPCO. Disponibles via splf.fr.

  3. Haute Autorité de Santé (HAS). Recommandations sur la kinésithérapie respiratoire dans le drainage bronchique. Documents disponibles via has-sante.fr.

Études comparatives et complémentaires

  1. Guimarães FS, Lopes AJ, Constantino SS, Lima JC, Canuto P, de Menezes SLS. Expiratory rib cage compression in mechanically ventilated subjects: a randomized crossover trial. Respir Care 2014;59(5):678-685. doi:10.4187/respcare.02587

  2. Hsu LL, Batts BK, Rau JL. Positive expiratory pressure device acceptance by hospitalized children with sickle cell disease is comparable to incentive spirometry. Respir Care 2005;50(5):624-627. PMID: 15871757


Fiche établie le 14 mai 2026 — Version 1.0 Prochaine révision prévue : 14 novembre 2026 Sources de veille recommandées : PubMed, Cochrane Library, ERS Publications, sites officiels ECFS/CFF/BTS Références vérifiées via PubMed, Revue des Maladies Respiratoires, AARC Clinical Practice Guidelines lors de l’établissement.